Un Pilote VFR - Christophe

vendredi, juin 16, 2006

Toujours pas laché...

C'était donc mardi que je devais être laché.
Ce fameux 30 Mai 2006, jour mémorable dans l'histoire de l'aviation où Powa87 devait faire son 1er tour solo !


Le matin dans le poste du 320, la météo n'était pas fameuse (ça me rappelle quelque chose ça ).
Un plafond plutôt correct, mais du vent du 330 (aligné sur aucune piste de Chelles à priori) de 15kts en rafales à 25kts...

Aprés avoir vu passer 2 mirages 1500ft au dessus de nous (qui étions au FL280), aprés avoir évité une remise de gaz en nous posant en 26 à Orly, à mon grand désespoir, aprés une journée à Paris où le vent me fouettait le visage dès que je sortais du métro, je me suis donc rendu à Chelles, non sans avoir tout de même appellé l'instructrice avant, au cas où.

Arrivé au terrain, je retrouve l'ami babar qui doit bouger du manche lui aussi sur son HR-200, avec notamment ses fameux encadrements au programme.
Eliane est inquiète à la vue des arbres qui s'agitent et sont ballotés par de fortes rafales.
Une fois au terrain, nous nous précipitons vers la manche à air pour jauger de la gravité de l'affaire.
A priori c'est volable, mais y a bien 20kts facile, et les baches du hangar claquent dans un bruit épouvantable tandis que les mécanos du club s'affairent à pofiner le C172 bientôt remis en service.

Je me rends au hangar, heureux de pas avoir à sortir l'habituel rallye car il est parké dans le hangar de gauche, et mon petit cessna est dans le hangar du milieu !
Soudain, arrivé au hangar, c'est le désespoir.

Je pousse un cri d'horreur, tant cette vision m'emplit de fatigue et de lassitude.

Eliane arrive à son tour et pousse elle aussi un cri d'horreur.
Puis pars en jurons divers...

En effet, le pire vient de se produire, sous nos yeux ébahis : il y a 3 avions parkés devant notre Cessna.

Eliane s'en va quérir du renfort au club tandis que je réfléchis comment faire passer le Quebec Fox en déplaçant le moins possible les traffics.
Eliane revient et à 3 nous sortons le CP301 du perreux à l'air libre.
A peu prés content, nous nous dirigeons vers un rallye qui appartient à un gars qui n'est pas inscrit au club. La fourche mise avec peine, nous tirons de toutes nos forces...
Rien à faire. Le salopiod ne veut pas bouger d'un pouce.
On jette un oeil à travers la verrière pensant que le frein de park est mis, mais non, pas de frein de park...de plus les petits loquets sur les roues ne sont pas en position freinés.

On va chercher du renfort dans le club à coté...

Le gars qu'on ramène au hangar nous explique que l'avion est parti au maroc, et qu'il est bourré de sable. De plus, pour finir en beauté, le capot moteur a brulé en route, et en effet, toute la peinture sous le capot est grillée et part en pièces détachées.
On tire on tire comme des abrutis, finalement le machin bouge et s'élance.
Péniblement, comme des forçats soufflant et jurant, on traine le boulet hors du hangar.

Enfin, le cessna est libre !
On jauge rapidement, oui, on échappera à la sortie du PA-28 anciennement au perreux, en faisant passer l'aile haute au-dessus de l'aile droite du piper

Puis, il a fallu rentrer à nouveau l'horrible rallye, puis le léger CP301 en prenant soin de laisser une bonne place à tous les avions pour le retour de vol...
Je vous jure, c'est pas un métier facile, pilote en aéroclub...

Je fais ma prévol consciencieusement, et me jette dans mon cockpit où je retrouve Eliane qui m'attend.
Mise en route, contact magnétos, démarreur 15sc maxi et en avant toute !!!!!!!
Vlan...je l'ai loupé, le moteur cale.



On repart à l'assaut et cette fois-ci, c'est la bonne ! Le moteur est lancé et l'hélice brasse de l'air à 1000trs/min.
De suite, je vérifie ma pression d'huile, si ça va pas, dans les 30sc arrêt du moteur.
Mais ça va...

Nous commençons un roulage trés hollywoodien, fait d'accélérations et de décélérations, de mini cotes et de mini descentes, de bosses et de platitudes, bref, tout ce qui fait qu'on aime rouler sur un terrain bien vert !

Aligné, on décolle piste 04 ! Plein pot comme dirait l'instructrice.

A 60mph ça rotate sévère avec ce vent de tonnerre de brest et ça turbule sympa. Vite, un coup de trim parce que l'avion grimpe aux rideaux, mais la puissance, elle, ne suit pas.
500ft les volets et c'est parti pour le tour de piste.

Vent arrière, on prépare l'avion comme d'hab quoi. En virage de base, bah on vire en base et on descend à 700ft.
En dernier virage, on essaye de ne pas overshooter l'axe 04 et de ne pas s'aligner sur le taxiway.
L'instructrice est heureuse...pour l'instant.

Le nez de travers, on fait ce qu'on peut, ça c'est du crosswind !
Puis vient le moment tant attendu du décrabé, je sens qu'Eliane m'aide, ça m'énerve ! Je peux le faire tout seul !!

Boum, une roue touche, puis l'autre, Eliane jubile d'être arrivée au sol entière.

Freinage, dégagement, et roulage vers babar qui met en route.
A la radio on se concerte pour savoir quelle piste prendre car le vent est variable.
Finalement, on se décide pour la 29.

A nouveau décollage, plein pot, mais le vent est repassé en 04...du coup je me prends un décollage plein travers !!!

Rotation, yahouuuu !!

Tour de piste habituel, pour le moment tout va bien et ça turbule plus trop.

Soudain à 400ft QNH pendant la finale, c'est la panique. Les turbulences reviennent à l'assaut et l'avion est déporté à droite tandis que l'aile droite s'affaisse brutalement.
Dans un réflexe de survie je balance le manche à gauche, mais la réaction est lente à cette vitesse, et en même temps je met du pied à gauche...
Lentement l'avion revient sur son axe et je corrige rapidement pour mon toucher.
Ca marche, décabré en binôme, et touché.

Un nouveau tour de piste en 29 tandis que babar commence ses encadrements.

Nous revoila en courte finale, babar est au point d'arrêt, il attend sagement que le p'tit Powa87 se ramasse sur la terre ferme.
Quand soudain, Eliane se met à crier une phrase que je commence à connaitre par coeur : REMISE DE GAZ !

En avant...Assiette-Puissance-Trainée.
Ca gère.

Un p'tit message à la radio en direction de babar pour pas qu'il s'inquiète : "QF, remise de gaz." J'aime bien, ça fait pro, ça fait classieux.

Eliane me dit en rigolant : "Inutile de te dire que je ne vais pas te lacher aujourd'hui !".
Merci de me l'avoir dit quand même, que ça m'évite de me défoncer à lui faire plaisir pour rien.

Je rigole bien sur ! Je m'en doutais un peu en fait, que ce foutu laché n'allait pas avoir lieu cette fois-ci.

Aprés 50min de vol et un dernier tour de piste, nous nous sommes posés, avons regagné le parking et avons coupé le moteur en balançant la mixture sur la position etouffoir (n'est-ce pas pierre320).

Voila chers amis, comment Powa87, pilote aux 11h à l'aéroclub bossoutrot à Chelles n'est toujours pas laché.
Une belle leçon pour moi, qui était persuadé que je serai laché en 8h.
En théorie oui, j'aurais pu, mais en pratique, à cause de cette foutu météo d'hiver qui ne veut pas foutre le camp, ça marche pas.

Donc voila, la prochaine fois, si Eole le veut bien, je serais laché et je pourrais dire qu'Un jour, j'ai été laché...